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Professor Jan Nuckowski

29 avr. 2026 • 10 min de lecture

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Alors, l'autorité. J'ai souvent l'impression que, dans les conversations quotidiennes, nous utilisons des mots persuadés d'en connaître parfaitement le sens. Seule une question naïve sur leur signification nous oblige à réfléchir, à consulter un dictionnaire et à réaliser à quel point cette croyance est infondée. Le dictionnaire polonais définit l'autorité comme suit : le sérieux, l'influence, l'importance, la prédominance, l'estime généralement reconnus d'une personne. Et à l'entrée « autoritaire », on lit : être une autorité, certain, faisant autorité, crédible, digne de confiance. On dit que nous vivons une grave crise de l'autorité. De toutes les autorités. Il me semble difficile de contester ce constat. Nous assistons régulièrement au déclin de l'autorité de quelqu'un, et tout aussi souvent, sinon plus souvent, on nous répète sans cesse que nous avons affaire à une autorité parce qu'un groupe de personnes la soutient. Combien de fois voyons-nous quelqu'un tenter de renverser l'autorité d'autrui au nom de nobles intentions, pour aussitôt proclamer au monde entier que ce lieu soi-disant purifié lui appartient ? Dans le même temps, j'ai l'impression très nette que chacun de nous a besoin d'une autorité comme point de repère durable, comme source d'inspiration, comme confirmation de nos choix, sans parler de l'autorité morale et éthique. Il est peut-être utile de se souvenir de notre réaction à l'annonce du décès de Jean-Paul II. Ce fut, bien sûr, l'expression d'une empathie et d'un chagrin universels face à la disparition d'un éminent Polonais, mais peut-être aussi, plus profondément, la conscience qu'une autorité, probablement vouée à disparaître pour longtemps, s'éteignait.

Hannah Arendt, dont l'un des principaux axes de réflexion était les relations sociales, notamment la sphère politique, écrivait : « L'autorité… crée une hiérarchie naturelle entre les personnes et les institutions, dont l'une commande, l'autre obéit… tout en exigeant une obéissance aveugle. »

Ce n'est pas cette conception de l'autorité que je souhaite aborder aujourd'hui. Je m'oriente vers une conception de l'autorité où, si une hiérarchie existe, elle émerge naturellement. Elle n'est pas imposée par quelqu'un qui s'en réclame. Je fais référence à un PERSONNAGE, une personnalité dotée d'une autorité, en quelque sorte, qui lui émane d'en bas. Une telle situation détermine la relation spécifique qu'entretient une personne, ou un groupe de personnes, avec celle qui leur témoigne reconnaissance, respect et estime, non seulement pour leurs réalisations, leurs connaissances, leur attitude ou leurs actions, mais aussi pour leurs accomplissements. C'est un don gratuit, le plus souvent spontané, inattendu, et souvent non seulement non désiré, mais même non sollicité par le bénéficiaire. Pourtant, malgré cela, une certaine forme de subordination, voire de soumission, résulte de la conviction que cette soumission est louable. Une telle autorité est un modèle de comportement rationnel, un modèle d'attitude sociale ; elle est comme une gardienne de ces valeurs qui conservent encore toute leur importance, et que certaines personnes souhaitent encore défendre. Je souhaite appliquer ce que j'ai dit jusqu'ici à la relation enseignant-élève.

Permettez-moi quelques réflexions personnelles. Après avoir reçu une offre d'emploi du professeur Ryszard Otręba il y a de nombreuses années, il m'a fallu beaucoup de temps avant de me sentir suffisamment à l'aise pour donner mes premiers cours en autonomie. Il m'a fallu beaucoup de temps pour atteindre un état de préparation intérieure difficile à définir, une certaine paix, mais aussi la force qui me permet de « séduire en douceur mon partenaire », de capter son attention et, simultanément, de le mobiliser. J'ai dû appréhender les caractéristiques du processus que sont les études, notamment celles à l'Académie des Beaux-Arts. Le plus souvent, ce processus est associé à la transmission, voire à l'inculcation, d'un certain corpus de connaissances. Mais que faire ? Est-il même possible pour les étudiants de poursuivre eux-mêmes leur apprentissage ? Sommes-nous capables de leur indiquer des voies et d'insuffler la motivation nécessaire pour qu'ils puissent explorer de nouveaux horizons ? On dit parfois de quelqu'un qu'il « évolue ». Or, il le fait par lui-même ! Ce moment est crucial dans le développement d'un être humain. Comment pouvons-nous le faciliter ? Il semble évident que le développement de chacun dépend de nous-mêmes. Il dépend de notre volonté d'évoluer, de ce « besoin intérieur », de la motivation nécessaire à un travail acharné. Un travail qui paraît si souvent irrationnel, d'une utilité douteuse. Cependant, la découverte de cette volonté en nous-mêmes ne dépend que de nous. Combien parviennent à acquérir les connaissances et les compétences désirées par la recherche solitaire et un travail persévérant ? Il en existe sans doute parmi nous, mais la plupart du temps, nous attendons soutien et stimulation. L'expérience et des exemples précis le démontrent. J'ai l'impression que c'est particulièrement vrai dans les écoles d'art, où le terme « maître » désigne les réalisations créatives, artistiques et pédagogiques d'une personne. Ces enseignants, dont nous parlons ainsi, ont découvert, plus ou moins consciemment, une méthode pour transmettre leur savoir et leur enthousiasme. Un maître est un enseignant qui initie, initie et devient finalement un guide, un conseiller bienveillant, voire un modèle. C'est ainsi que j'aimerais concevoir l'autorité.

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